Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #29

Le Bulletin Hebdomadaire des PTT du 16 juin 1898 fait le point sur la Règlementation en ce qui concerne les demandes d’adresses :

Adresse2Le public est persuadé que les agents des Postes connaissent l’adresse de tous les habitants de leur circonscription, présents ou absents, et quand il a besoin d’être renseigné sur le sort de telle ou telle personne, il ne trouve rien de plus naturel que d’avoir recours à notre service.
Peut-on donner, par écrit ou verbalement au guichet, l’adresse de quelqu’un, alors même que cette adresse serait de notoriété publique ? (ndlr : voila la question fondamentale correctement posée !)
[…] Assurément la Poste connait, par les moyens dont elle dispose, l’adresse d’un grand nombre de personnes, mais […] elle ne doit en user que pour le placement des correspondances.
AdresseDévoiler l’adresse de quelqu’un, ce serait violer le secret professionnel. Il n’est pas rare en effet, surtout à Paris, de voir des personnes qui déménagent sans donner leur nouvelle adresse au concierge, mais qui s’empressent de la communiquer au service afin que leurs correspondances soient réexpédiées à leur nouveau domicile sans être présentées à leur ancienne demeure. Ces personnes ont parfois des motifs très sérieux et très respectables pour ne pas faire connaitre à tout le monde l’endroit où elles se retirent. […]
Très souvent, ces demandes sont faites dans d’excellentes intentions ; mais combien ne sont dues qu’à la curiosité et quelquefois au désir de nuire à la personne qui se dérobe aux recherches ? […]

J’adore ce style de rédaction aujourd’hui désuet, mais à l’époque très usuel, pas vous ?

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Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #25

Le Bulletin Hebdomadaire des PTT du 2 juin 1898 nous fait le compte-rendu – sur 2 pages entières ! – d’une bien belle manifestation : la Fête de l’Amicale. Nous nous en tiendrons à quelques extraits significatifs de ce récit qu’on imaginerait mal trouver dans un de nos magazines actuels. Je n’ai d’ailleurs pas pu résister à y inclure quelques commentaires …

« Dans la grande salle de la Société d’Horticulture, 84 rue de Grenelle, c’est à dire à son siège même, a eu lieu dimanche dernier le banquet et le bal organisés par l’association amicale en l’honneur de son premier million (ndlr : de francs ?).

banquet

Carte postale illustrant un banquet (autre que le nôtre)

A son grand regret, M. le Ministre du Commerce, qui accompagnait M. le Président de la République à Saint Etienne, n’avait pu accepter l’invitation qui lui avait été adressée, et avait délégué M. […]. Lire la suite

Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #24

Pile_ou_faceVu dans le Bulletin Hebdomadaire des PTT du 21 avril 1898 :

Piles sèches et humides

L’Electrical World donne la définition humoristique suivante des piles : la pile sèche est ainsi appelée parce qu’elle est toujours mouillée à l’intérieur, tandis que les piles humides sont souvent complètement sèches.

Pile ? … ou Face ? Vous avez compris ? Moi pas …

Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #23

Le Bulletin Hebdomadaire des PTT du 14 avril 1898 se penche sur les nouvelles technologies :

Télégraphie optique au moyen de ballons

On sait qu’en optique ce sont les obstacles naturels du sol qui gênent les communications, et que, dès qu’on peut parvenir à une certaine hauteur, celles-ci deviennent faciles.On a pensé à employer les ballons captifs, mais ils ne peuvent s’élever par tous les temps. L’innovation de M. Stuart consiste à se servir de ballons qui n’ont pas besoin d’être montés par un aéronaute. Ces ballons captifs, qui ne peuvent avoir que 40 centimètres de diamètre, emportent un certain nombre de lampes auxquelles le courant est envoyé du sol, ce qui donne le moyen de produire des éclats lumineux de durée variable, et de communiquer à 150 ou 180 kilomètres.

Et dire qu’aujourd’hui on prévoit de tels ballons captifs pour nos échanges Internet !

Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #22

InondationEt cette fois vous allez voir que malheureusement cette information n’est pas si décalée que cela … Le Bulletin hebdomadaire des PTT du 07 avril 1898 communique :

Gratifications et secours au personnel des régions inondées

On se rappelle qu’au cours de l’année dernière, de fortes inondations se sont produites dans le sud-est, le sud et le midi de la France. L’Administration […] vient d’accorder des gratifications aux agents qui s’étaient fait remarquer par leur courage et leur dévouement. Lire la suite

Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #21

Relevées dans la rubrique « Mouvements de personnel » du Bulletin hebdomadaire des PTT, année 1898, ces quelques perles :

– Mme Veuve Patron, receveuse à Saint Sylvain (Calvados), 1.600 fr., est appelée à Saint Pierre sur Dives (Calvados). Elle a fait le tour de tous les saints patrons ? 😉

  

– M. Mangematin, […], est appelé à Espelette (Basses-Pyrénées). Un petit piment pour le stimuler ? Il dormait au bureau le matin ?

Orange.

– M. Cartier, receveur à Paris (Bureau 42), est appelé à Orange (Vaucluse). Très ambitieux, le quartier ne lui suffisait plus : il voulait le fruit entier !

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– M. Robinet, receveur à Paris, traitement élevé de 4.500 à 5.000 fr, par suite de l’élévation de la 3è classe à la 2è classe. Ce n’est pas à cause de l’élévation du niveau de l’eau ?

 

Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #20

Le Bulletin hebdomadaire des PTT du 7 avril 1898 nous fait part de cette avancée du Droit des femmes :

Propriété des traitements des dames-employées

Le Tribunal de Nantes vient de rendre un jugement très intéressant pour le personnel féminin de l’Administration, et, en général, pour toutes les dames-employées.

Parce jugement, il a refusé de reconnaitre au mari d’une employée le droit de toucher le traitement de celle-ci, en qualité de chef de la communauté.

Heureusement le Droit des femmes a avancé en un siècle …

wecandoit    droit_femme

Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #19

Le Bulletin Hebdomadaire des PTT du 31 mars 1898 fait le point sur les congés de maladie et l’avancement, en des termes qui font sourire aujourd’hui :

Nous avons dit que M. le Sous-Secrétaire d’Etat avait décidé que la durée des congés de maladie ne serait plus déduite de l’ancienneté de traitement, lors des propositions pour l’avancement de classe. On nous fait remarquer que cette décision, prise évidemment dans l’intérêt des agents qu’une maladie réelle empêche d’assurer leur service, pouvait avoir en même temps pour effet d‘encourager les paresseux. On nous cite même l’exemple de bureaux où les congés ordinaires étant très difficiles à obtenir, les … malins les remplacent par des congés de maladie pris à date fixe, quelquefois annoncée à l’avance.

Il appartient aux chefs de service de remédier à cet inconvénient qui n’avait pas échappé à l’Administration.

En effet, la circulaire du 15 mars 1898, leur recommande, au cas où ils auraient des raisons de suspecter la bonne foi et le zèle de certains agents qui leur paraitrait abuser des congés de maladie, d’en aviser l’Administration par rapport spécial et de proposer telle mesure qu’ils jugeraient utile.

Comme dirait Molière : Ah! qu’en termes galants ces choses-là sont mises !

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Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #18

Voici une question posée au Bulletin Hebdomadaire des PTT le 24 mars 1898 dans sa rubrique « Consultations » :

N°42 – Comment doit-on taxer l’expression « Loir-et-Cher » employée pour désigner un journal ? D’après la Circulaire n°306 du 4 juin 1896, les noms géographiques qui ne s’appliquent pas à des châteaux, hôtels, fermes ou villas, semblent devoir compter pour autant de mots qu’ils en contiennent.

mots

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A l’heure du langage SMS cette question nous parait forcément absurde. Tel n’était pas le cas à l’époque où chaque mot comptait dans le tarif d’un télégramme. Voici donc la réponse, qui nous apparaitra comme forcément décalée également :

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Dans le cas dont il s’agit, l’expression « Loir-et-Cher » conserve absolument son caractère géographique. En réalité, quand on dit « Journal de Loir-et-Cher », cela signifie bien Journal du département de « Loir-et-Cher », par conséquent « Loir-et-Cher » doit compter pour un seul mot.

Voila qui est dit, et bien dit ! Sinon, on pourrait peut-être taxer à la lettre et non au mot ? C’est le Var et l’Ain qui seraient satisfaits ! (Bon, d’accord, pas pareil pour la Meurthe et Moselle …) 😉

telegramme

Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #17

Le 24 mars 1898, le Bulletin Hebdomadaire des PTT se penchait avec force détails sur l’usure naturelle du Tampon Morse et le moyen de s’en prémunir …

Le Tampon Morse

« On sait que, après un certain temps d’usage, le tampon encreur de l’appareil Morse s’encrasse, ne se laisse plus pénétrer par l’encre oléique, si bien que celle-ci s’écoule, par la molette, sur le papier-bande où elle forme des tâches qui s’écrasent lors du passage de la bande entre les cylindres entraineurs ; dans ce cas, l’impression et mauvaise, et, dans les petits bureaux, la receveuse cherche vainement à améliorer l’état du tampon. » (Ndlr : est-ce à dire que les receveurs étaient exclusivement féminins dans les petits bureaux … ou que les receveurs hommes se satisfaisaient de mauvaise impression ? 😉 )

Morse2Le Bulletin poursuit : « Rappelons qu’il existe deux sortes de tampons Morse, l’ancien et le nouveau modèle ; dans l’ancien, le tampon est composé de couches de draps superposées qui s’encrassent et qu’il est difficile de remplacer : pour rendre au drap son pouvoir d’absorption de l’encre oléique, il faut laisser tremper le tampon, pendant quelques jours, dans du pétrole.

Depuis plusieurs années, l’Administration fournit le tampon Morse nouveau modèle dont la face antérieure se dévisse sans difficulté ; on place entre les joues une rondelle en feutre, et quand celle-ci est hors d’usage, on la remplace par une rondelle neuve […].

Nous rendrons dons service à nos lecteurs en leur signalant que, pour obtenir une lisibilité parfaite, la rondelle en feutre doit être changée au moins tous les trois mois. […] Le prix de cette rondelle n’est que de quatre centimes, et nous croyons savoir que l’Administration est disposée à donner satisfaction aux demandes de cet objet qui lui seront adressées, à raison de 5 rondelles par récepteur Morse en service et par an. »

Morse

Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #16

Le 3 mars 1898, le Bulletin hebdomadaire des PTT nous propose cette étude sur « Les lignes télégraphiques en rivière » :

« Le titre doit paraître étrange, mais va s’expliquer facilement. Il s’en faut que la pose des lignes télégraphiques aériennes soit toujours facile en dépit de son apparente simplicité, dans les pays neufs où la population est exubérante et où les fils ne seraient pas toujours respectés par les habitants.

Souvent ceux-ci, sans mauvaise intention, couperont les fils pour leur usage personnel, persuadés qu’ils sont qu’ils ne servent pas : comme le vieil indien dont on nous racontait l’histoire, ils n’ont jamais vu passer une dépêche, c’est donc qu’il n’en passe point. […]
C’est pourquoi l’on a songé à immerger des câbles dans les rivières : ils sont cachés et à l’abri de mainte attaque. […] on rencontre sans doute quelques difficultés dans le bon entretien du câble, mais la tentative est intéressante, et mérite de susciter des imitations. »

Cette étude m’inspire deux réflexions ou plutôt deux questions :
– la première pour Olivier : serions-nous (re)devenu un « pays neuf » ? 😉
– la seconde à destination du Bulletin des PTT : nous auraient-ils cru si nous leur avions annoncé qu’un siècle plus tard, 250 câbles d’un total d’un million de kilomètres, reposeraient au fond des océans en reliant en de multiples points les cinq continents ?

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Décalage : les PTT à la fin du 19è siècle #15

Relevées dans la rubrique « Mouvements de personnel » du Bulletin hebdomadaire des PTT, année 1898, ces quelques perles :

– Mlle Barrière, aide et fille de la receveuse de Cocumont (Lot-et-Garonne), est nommée receveuse au même bureau, traitement 1.000 Fr. Qui a dit qu’il y avait eu piston ? Il a suffit de lever les barrières de la règlementation, c’est tout ! 😉

– M. Leloup, receveur à Concy le Château (Aisne), est appelé à Lyons la Forêt (Eure). Un retour aux sources en quelque sorte !

– Mme Cayou, receveuse à Salers (Cantal), est appelée à Le Puy (Haute Loire). Quelques gravillons dans les lentilles ?

– M. Perrier, commis principal à Annecy (Direction) est appelé à Vittel (Vosges). De quoi mettre un peu de piquant dans cette eau plate !Bulles_Frise– Mlle Cleuet, receveuse à Barlin (Pas de Calais) est appelée à la Recousse (Pas de Calais). Appelée … à la rescousse ?

– M. Quatre, commis à Paris (Bureau 25), est appelé à Troyes (Aube). Comme dirait Raymond Devos : « Où et Quand ? »

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