Le facteur rural, un « forçat de la route » (1830-1914) #1

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Carte Postale Ancienne – Facteur rural – 1900

C’est en 1830 que le facteur fait son apparition dans les campagnes cantaliennes. Jusque-là il n’existait pas de distribution postale à domicile, seule la correspondance administrative, acheminée par les piétons de la préfecture, parvient dans toutes les communes rurales.

Sous la Monarchie de Juillet, le contexte change, l’Etat veut favoriser la communication de l’ordre intellectuel, tout autant que matériel. Il ne s’agit pas simplement de favoriser le développement économique par les échanges. Il a aussi un dessein moral et politique qui est de pénétrer, d’intégrer et d’éclairer les campagnes. Il s’agit de mettre fin au « primitivisme superstitieux et brutal dont jaillissaient si facilement Jacqueries et Chouanneries[1] ». Le vote de la loi Sapey, qui donne naissance à la distribution postale dans les campagnes, s’inscrit tout à fait dans cet ordre d’idée. Le 1er avril 1830, 5.000 facteurs ruraux s’élancent ainsi pour leur première distribution à travers les campagnes françaises.

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Facteur de la petite poste de Paris en 1760 – YT1285

Le recrutement se fait en partie parmi les anciens messagers-piétons. Ceux-ci étant toutefois trop peu nombreux, l’administration fait surtout appel aux anciens soldats de l’Empire. Beaucoup, sans occupation depuis leur démobilisation, se proposèrent à cette nouvelle fonction. Appréciés pour leur esprit d’ordre et de discipline, ils étaient de plus robustes et capables d’effectuer de longs trajets à pieds par tous les temps.

Dans le Cantal, entre 1855 et 1895, sur 361 candidats au poste de facteur, 229 sont d’anciens militaires[2]. L’obtention de cet emploi représente pour eux, comme pour la majorité des cantaliens, une possibilité d’ascension sociale. Le Cantal est un département pauvre qui n’offre que peu d’emplois à ses habitants obligés d’émigrer en grand nombre.

Dans ces conditions, bien que peu rémunéré, l’emploi de facteur possède un véritable attrait. Et ce qui compte ici est moins la réalité de la condition du facteur que l’image qu’en a la population des campagnes. Pour nombre de ruraux, il occupe une position enviée. Il représente l’Etat, porte un uniforme et jouit d’un certain prestige. Cette fonction assure une reconnaissance sociale qui dans la société rurale d’alors n’est pas chose négligeable.

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Carte Maximum pour la Journée du Timbre 1950

Cependant, à leur entrée dans l’administration des Postes, les nouveaux arrivants découvrent les réalités parfois peu enviables du métier de facteur. Il se doit avant tout d’être un bon marcheur disposant d’une solide constitution apte à défier les longues marches dans la neige, le froid et sous la pluie l’hiver, sous l’orage et le soleil l’été.

En 1834, dans le Cantal, la distance moyenne calculée d’après 77 tournées différentes est de 21 km et la plus longue est de 32 km[3]. Mais il ne s’agit là que d’estimations assez grossières de la part de l’administration qui se contente d’ajouter les distances séparant les différentes communes qui composent la tournée. Ce mode de calcul laisse de côté tous les écarts que le facteur doit faire, en particulier en pays d’habitat dispersé.

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Bulletin d’itinéraire du Facteur Mialard – 1882

En 1882 le facteur Mialard, desservant les communes de Ruynes-en-Margeride et de Clavières, se plaint que la correspondance a augmenté dans de telles proportions qu’il lui est impossible de distribuer, seul, toute sa tournée. Les archives ont conservé à cette occasion un document précieux et d’ailleurs unique. Il s’agit du bulletin d’itinéraire de ce facteur. Si l’on additionne tous les écarts qui y sont portés, la tournée atteint 61,4 km ![4] 

Leur mission est rendue encore plus dure par les caractéristiques géographiques du Cantal. Dans les zones de montagne le froid parfois intense est un ennemi redoutable et les chutes de neige fréquentes sont un obstacle à la marche des facteurs. Dans ces conditions les longues distances deviennent de véritables calvaires.

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Lettre du facteur Mialard – partie 1 – 1882


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Lettre du Facteur Mialard – suite et fin – 1882

A suivre …

[1] G. Duby et H. Wallon, Histoire de la France rurale. Apogée et crise de la civilisation paysanne, tome 3 de 1789 à 1914, Le Seuil, Paris, 1976, p. 158.
[2] Archives Du Cantal 6 P 139 à 150
[3] A.D.C. 6 P 493
[4] A.D.C. 6 P 525

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