Thérèse Humbert, la reine de l’escroquerie

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Par ses mensonges et son audace, cette fille d’agriculteur réussit à se faire passer pour l’une des plus riches héritières de France à la fin du XIXe siècle. Thérèse Humbert va profiter de cette situation pour emprunter des millions de francs pendant près de vingt ans, avant que le subterfuge ne soit découvert…

Lorsque débute le procès de Thérèse Humbert et de ses complices, le 8 août 1903, la France entière se passionne pour cette affaire. Les journalistes assistent en masse à l’audience afin de relayer les débats, et décrire celle qu’on qualifie déjà « d’escroc du siècle ».

Tous veulent savoir qui se cache derrière ce personnage à la forte personnalité qui a su s’immiscer dans les plus hautes sphères du pouvoir et séduire le tout-Paris – en lui empruntant des millions de francs qu’elle ne leur remboursera jamais ! C’est un véritable vaudeville qui se joue dans le prétoire, et Thérèse Humbert en est la vedette.

Le grand public et la presse traitent cette escroquerie avec humour, tandis que les chansonniers et autres dessinateurs satiriques s’en donnent à cœur joie pour railler les pigeons de « la grande Thérèse », tous ces politiciens, banquiers et autres créanciers qui sont tombés dans le panneau.

En août 1903, le procès Humbert passionne l’Hexagone. Pendant près de vingt jours, les débats au tribunal de Paris sont suivis et relayés par la presse, tel un feuilleton… (Photo : Dorville / Wikimédia Commons)

Il faut dire que Thérèse Humbert est passée maître dans l’art de l’affabulation : « Le don créatif de Thérèse était spontané et inné, raconte Hilary Spurling, dans le livre qu’elle consacre à cette affaire. Elle combinait la subtilité psychologique d’un acteur confirmé à l’exubérance narrative d’un romancier. Si elle avait choisi les livres, au lieu de la vie réelle, comme moyen d’expression pour ses fictions romantiques à propos de titres égarés, de coffres-forts, d’héritages surprises et de parents longtemps perdus de vue, elle serait devenue un romancier à gros tirage du XIXe siècle… »

Un personnage imaginé au fil des années

Ce talent, elle le travaille depuis sa plus tendre enfance. « Elle ment comme l’oiseau respire », comme le raconte à la barre un témoin qui l’a connue enfant.

Thérèse Daurignac, son nom de jeune fille, est née le 10 septembre 1855 à Aussonne, un village de Haute-Garonne situé à quelques kilomètres de Toulouse. « Son père était déjà une personnalité à part », écrit l’historien Frédéric Chauvaud, dans un chapitre de l’ouvrage collectif Impossibles victimes, impossibles coupables, les femmes devant la justice (XIXe et XXe siècles).

Le 8 août 1903, le procès de Thérèse Humbert et de ses complices – ses deux frères et sa sœur ainsi que son mari Frédéric – s’ouvre devant la cour d’assises de Paris. (Illustration : Wikimédia Commons)

« Sa vie, en effet, ne se confond pas avec la banalité du quotidien. Abandonné à Toulouse en 1801, élevé par la municipalité puis par un prêtre, il est reconnu, presque quarante ans plus tard, par la femme d’un horloger. Il se marie avec la fille d’un riche fermier, perçoit une partie de l’héritage, achète un « petit Castel », fonde une agence matrimoniale dont il est le directeur, change de nom, devient le comte d’Aurignac. Père de quatre enfants, dont Thérèse, il « tire le diable par la queue », échafaude cent projets pour gagner de l’argent et use d’un stratagème original pour faire patienter ses créanciers… »

Le paternel s’invente un « oncle d’Amérique » à la tête d’une fortune colossale qui lui a légué sa fortune, et il n’hésite pas à présenter une liasse de parchemins censés convaincre ses créditeurs, un moyen de donner à ses visiteurs méfiants une preuve visible de ce legs américain dont il ne peut jouir immédiatement « puisque la justice est particulièrement lente ».

Un mariage parfait pour lancer son stratagème

Thérèse a été à bonne école et développera plus tard – de manière beaucoup plus élaborée – la ruse paternelle. Pour le moment, la jeune fille persuade ses amies de mettre en commun leurs bijoux afin de faire croire à leurs prétendants qu’elles sont riches.

C’est en usant de ce stratagème qu’elle arrive à séduire, en 1878, un étudiant en droit de deux ans son cadet. Ce jeune homme n’est pas n’importe qui. Si Frédéric Humbert n’a pas encore de situation, son père est un notable : il est alors procureur général à la Cour des Comptes mais aussi sénateur.

Avec son histoire d’héritage, Thérèse Humbert séduit une partie des élites politico-financières du pays, et de nombreux pigeons, attirés par l’espoir de juteux bénéfices, lui prêtent des sommes colossales. De quoi maintenir le train de vie opulent de Mme Humbert et des siens. (Illustration : collection particulière / Wikimédia Commons)

Lorsque ce dernier apprend que son rejeton en pince pour cette jeune femme commune, sans fortune et au léger zozotement, et qu’il souhaite lui demander sa main, le paternel s’oppose d’abord au mariage. C’est alors que Thérèse va servir, pour la première fois, son mensonge, qui s’étoffera au fil des années.

De la vieille cousine au vieux parrain américain

Pour donner des arguments à son prétendant et convaincre son futur beau-père, elle invente alors une histoire et raconte qu’elle est l’unique héritière d’une vieille cousine célibataire, propriétaire du château de Marcotte, dans le Gers. Mourante, cette dernière est sur le point de lui léguer toute sa fortune. « Le jeune avocat et le savant professeur y crurent, mais une fois le mariage célébré, il fallut se rendre à l’évidence : l’âme charitable de Marcotte n’existe pas et l’argent que Thérèse avait fait miroiter est tout aussi chimérique, précise Frédéric Chauvaud. Pour le fils de Gustave Humbert, la duperie ne se prolongera guère. Son rêve écroulé, il se réveillera complice. Pénétré d’admiration pour la magicienne qui l’a pris dans ses filets, il se fera son servant, son associé… »

L’affaire Humbert inspira aussi les chansonniers de l’époque. (Illustration : Wikimédia Commons)

Les deux jeunes mariés quittent la région de Toulouse et emménagent à Paris, dans un modeste appartement de la rue Monge, à deux pas du Jardin des Plantes.

Pas question pour Thérèse Humbert de vivre chichement. Elle reprend son refrain et imagine cette fois un riche Américain qui vient de mourir, et aurait légué l’ensemble de sa fortune (sous forme de bons au porteur) à Thérèse. Ce Robert Henry Crawford est personnage inventé de toutes pièces.

En 1930, près de trente ans après l’affaire, Thérèse Humbert faisait encore la une du magazine Détective… (Illustration : Wikimédia Commons)

Un jour, Mme Humbert le présente comme son vieux parrain d’Amérique qui a fait fortune ; un autre, il s’agit d’un Américain aisé à qui Thérèse a sauvé la vie, lors d’un voyage en train. Seul le montant reste le même : 100 millions de francs, une fortune colossale, qui ferait de Thérèse Humbert l’une des femmes les plus riches de l’Hexagone !

A suivre …


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