Les voies postales vers l’île Maurice #2

En guise d’évasion, Laurent Veglio du Forum des collectionneurs, vous propose de vous présenter les modes ou voies d’acheminement du courrier vers l’île Maurice qui se sont succédés ou ont cohabité entre les années 1840 et 1860.

ÉPISODE 2 :  LÎLE MAURICE ?  PAR LA ROUTE DES INDES !  (1848-1852)

Maurice10Pour assurer une liaison régulière avec l’Europe, les autorités britanniques de l’île Maurice votèrent, en 1848, un crédit de 600 £ destiné à financer un service de voiliers rapides (goélettes ou schooners) vers l’île de Ceylan (aujourd’hui le Sri Lanka). L’objectif était, en 2 ou 3 semaines, de relier Port-Louis avec Pointe-de-Galle : ce dernier port était une escale majeure sur la route que suivait la « malle des Indes » entre Calcutta et Suez.

Depuis le début des années 1840, la compagnie britannique de navigation à vapeur Peninsular & Oriental avait décroché un contrat postal avec la Couronne britannique pour une liaison mensuelle entre Suez et Calcutta. La P&O reliait ainsi Southampton à Alexandrie puis Suez à Calcutta, le tout en 48 jours.
Voici, publiée en octobre 1850 dans l’Allen’s Indian Mail, une annonce de ces tables de marche :
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Cette route maritime, on l’aura compris, était scindée en deux tronçons, de part et d’autre de l’isthme de Suez (d’où le qualificatif d’ « Overland route », par opposition à la route du Cap, entièrement maritime). Celui-ci n’avait pas représenté longtemps un handicap majeur : à l’initiative du Britannique Thomas Waghorn, l’acheminement du courrier pouvait désormais s’effectuer, dans les années 1840, en 64 heures à dos de mulets entre Alexandrie et Le Caire (via Negyleh et Terraneh), puis par caravanes de dromadaires jusqu’à Suez. On peut en suivre le parcours sur cette carte tirée de l’atlas Andriveau de 1850 où j’ai mis en exergue les 3 villes-clefs :
Maurice12La mise en service progressive d’une voie ferrée allait parachever cette liaison : la jonction entre Alexandrie et le Nil était réalisée en 1853, entre Alexandrie et Le Caire  en 1855, et entre Le Caire et Suez en 1858 : l’isthme était désormais franchi en 24 heures maximum. Ainsi peut-on le voir sur cette deuxième carte (Atlas Garnier, édition 1862) :
Maurice13(à noter, le tracé du canal encore en chantier)
La lettre qui témoigne de ce parcours est la suivante :
Maurice14Elle est adressée rue de Condé à Paris, et postée à Port-Louis le 22 août 1850 : le bureau principal (GPO) a apposé, outre son cachet à date, la marque rectangulaire PACKET pour indiquer que la lettre était embarquée sur la ligne régulière vers Ceylan (et non pas sur un bâtiment de commerce via Le Cap). L’expéditeur l’a d’ailleurs précisé en haut à gauche, enfonçant le clou à droite avec la mention « Overland ».
Edward B. Proud consacre le chapitre 6 de sa Postal History of Mauritius aux tables de marche des navires ayant desservi Port-Louis : ainsi trouve-t-on que le 22 août est le jour de départ du schooner Briton’s Queen qui rallie Pointe-de-Galle le 5 septembre.
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Un schooner par W.J. Huggins, 1838

Pour la suite du parcours, il va falloir se débrouiller tout seul… Si on a un peu de chance (toutes les années n’ont manifestement pas été numérisées) on peut consulter l’Allen’s Indian Mail, journal londonien de référence sur l’actualité des Indes britanniques. 

Maurice16Les informations maritimes et postales y sont très nombreuses (des dates de passage des paquebots dans les ports de la route des Indes… aux nom et qualité des passagers débarqués aux escales !). Dès sa « une », l’édition du 21 octobre nous donne les clefs de compréhension pour notre missive :
Maurice17Le paquebot Oriental a quitté Calcutta le 8 septembre et atteint Pointe de Galle le 18 : notre lettre, arrivée presque 2 semaines avant, y a donc été embarquée jusqu’à Suez rejoint le 6 octobre.
Après les dromadaires et les mulets de l’isthme, embarquement à Alexandrie à bord de l’Indus le 9. Celui-ci fait escale à Malte : le courrier destiné à Marseille (pour la France et les autres destinations européennes, y compris en partie pour l’Angleterre) est alors transbordé sur la Medusa qui atteint Marseille le 16. L’Indus poursuit sa route vers Southampton via Gibraltar, attendu pour le 25…
Dans ce sens, la recherche dans l’Allen’s est aisée, mais dans le sens Europe – Indes il faut feuilleter les dizaines de pages consacrées à Bombay, Madras, etc. pour trouver les dates de passage des navires. C’est un peu plus fastidieux.
Hormis la Medusa, unité de la Royal Navy, les bâtiments empruntés sont des paquebots-poste de la P&O.
Illustration sur cette belle gravure de T.G. Dutton (1819-91), les paquebots Indus et Ripon (source : Royal Museum Greenwich) :
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ÉPILOGUE

Débarquée en France par Marseille, notre missive reçoit le cachet INDES OR. 2 lors de l’ouverture de la dépêche à Paris le 18 octobre (le 1 était frappé à l’ouverture de la dépêche faite sur Marseille). Elle est alors taxée à 20 décimes (2° échelon de poids au tarif du 1er août 1849), montant représentant l’acheminement depuis Alexandrie.

L’expéditeur avait, quant à lui, réglé  le montant pour la portion Maurice / Alexandrie : 2 shillings (tarif du 20 juin 1849, lettre pour l’Europe [n’excédant par une demi once] par paquebot britannique).
Durée du trajet : 58 jours… on a gagné un mois sur la voie des bâtiments du commerce !

 

A suivre …


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