14-18 : courriers de soldats

1914-18 : quatre ans d’une guerre qui a ébranlé l’Europe. Quatre ans, également, pendant lesquels les soldats mobilisés ont écrit des millions de courriers à leurs proches. Certaines de ces lettres et cartes sont parvenues jusqu’à nous : elles constituent autant de témoignages passionnants sur les événements.

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Carte postale de 1915 représentant “L’heure du vaguemestre”, c’est-à-dire du militaire chargé du service postal.

Le 2 août 1914, des ordres de mobilisation générale sont placardés dans toutes les villes et villages de France, sur la porte des écoles, des mairies, des préfectures et dans les bureaux de poste. Dans les jours qui suivent, près de quatre millions de Français rejoignent leur affectation… et commencent immédiatement à échanger une correspondance avec leurs proches. La situation diffère du conflit franco-prussien de 1870-71, qui avait mobilisé des hommes majoritairement analphabètes. Depuis, l’école de Jules Ferry est passée par là : l’écrasante majorité des soldats sait écrire, ne serait-ce que de manière maladroite.

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Correspondance de janvier 1915 rédigée dans une orthographe très approximative : “Masere epouze et peti enfant je me porte très bien au jours dui 27 janvier nous parton pour les transé Je vous embrasse bien four. Bonjour à tous. Ton épou et papa.”

Le haut commandement a conscience du rôle crucial que revêt le courrier pour le moral des régiments qui montent au front. Mais très rapidement, les circuits de distribution, que ce soit vers le front ou à destination des civils, sont engorgés… surtout que le gouvernement a décidé d’accorder la franchise postale à tous les militaires mobilisés : désormais, envoyer un courrier ou un colis à un père, un fils ou un fiancé sous les drapeaux ne coûte plus rien. Un roman publié en 1918, le Journal d’un vaguemestre de Léon Groc, témoignent de l’émotion que déclenchait la distribution du courrier : “Le spectacle était saisissant. Il y avait là des hommes qui, sans nouvelles depuis quarante-cinq jours de ceux qu’ils aimaient, recevaient d’un coup trente ou quarante lettres. Ils ne savaient par laquelle commencer, riaient et pleuraient à la fois, lisaient et relisaient le tout, embrassaient, sans se cacher le moins du monde, les chères missives qu”une main aimée avait frôlées. D’autres ouvraient des colis ou les denrées, en piteux état, achevaient de se décomposer, et ils contemplaient, d’un oeil morne, ces friandises qui leur avaient été envoyées à l’époque où ils manquaient de tout, et qui avaient pourri, inutiles, tandis qu’eux-mêmes trompaient la faim en dévorant des betteraves crues.

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Correspondance résolument optimiste du 9 août 1914 : “Demain samedi, en route pour la victoire. Bonjour.”

Au fil de la guerre, la correspondance évolue. En 1914, le soldat français se croit engagé dans une guerre “courte, fraîche et joyeuse”. Il a confiance en la victoire et “fait son devoir pour la France”. Dans les années qui suivent, toutefois, la haine de l’ennemi et le patriotisme des premiers jours font progressivement place à la colère contre l’officier et les ordres de l’Etat-Major, à des pensées à l’inégalité devant la mort ou encore à la crasse du campement de fortune. La résignation prend le pas en 1917. Revient alors cette phrase dans les correspondances : “les années passent, mais la guerre, elle, ne passe pas”. Toutefois, la censure veille. Elle fonctionne sur le principe du sondage, car il est impossible d’ouvrir ou de lire toutes les correspondances. Si une lettre ne contient rien de suspect, elle est refermée par un papier adhésif et marquée par un cachet signalant l’intervention d’une commission de contrôle. Si elle contient des informations indésirables, elle est “caviardée” – mots masqués à l’encre de noire, grattés ou découpés. Si l’ensemble du courrier est suspect, celui-ci est détruit, et peut donner lieu à une enquête militaire.

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Correspondance du 12 septembre 1917 saisie par l’autorité militaire : “Nous nous battons pour le triomphe du droit et de la civilisation !!!… Telle est la phrase que depuis 3 ans les journaux nous ressasse chaque jour. De biens grands mots, droit, civilisation, pour une chose aussi creuse [que] la guerre actuelle…” (source LCI)

Aujourd’hui, ces correspondances constituent un passionnant champ de recherche pour les collectionneurs. Les uns s’intéressent au contenu des courriers, d’autres aux cachets postaux et marques de censure, certains encore aux cartes postales patriotiques ou humoristiques éditées pendant les quatre années du conflit. Mais le plus émouvant reste peut-être de trouver une lettre retournée à l’expéditeur avec la mention “Le destinataire n’a pu être atteint”… ce qui signifie invariablement que celui-ci a été tué à l’ennemi.

A lire La Poste pendant la Première Guerre mondiale, de Laurent Albaret de PHILAPOSTEL, aux éditions Yvert et Tellier, d’où sont issues la majorité des informations de cet article.

Source : Historia.fr

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Carte postale patriotique :  “On vous attend, Venez vite” déclare cette jeune Alsacienne



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3 réflexions au sujet de « 14-18 : courriers de soldats »

  1. Afin de commémorer le centenaire de l’ Armistice PHILAPOSTEL Bretagne participe à Pacé à une exposition Salle Dumaitre du 6/11 au 16/11. Jean Michel B. expose 1 cadre intitulé La Guerre sur tous les fronts. L’association sera représentée au vernissage Mardi prochain à 19H00.

  2. Super et passionnantes toutes ces informations sur le courrier des années de guerre,juste une petite erreur sur l’année de déclaration 1914 au lieu de 2014. Désolée de cette remarque sylvain, je lis avec intérêt tous tes articles, merci à toi.

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