Les insolites de la collection #68 : pianos

 

Alexandre Théodoulides, musicien originaire de Catheux (Oise), possède 18 pianos du XIXe siècle. Ne pouvant les garder dans de bonnes conditions, il veut sauver ce patrimoine exceptionnel.

C’est une des plus belles collections de pianos de France. Peut être la plus belle. Dix huit pianos du XIXe siècle fabriqués par les plus grands facteurs de France et d’Europe : Pleyel, Gaveau et Erard.

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Ces pièces uniques, fabriquées à la main, Alexandre Théodoulides, originaire de Catheux, au nord de l’Oise, les a acquises et restaurées en une petite dizaine d’années. Entreposés dans la grange familiale, ces pianos, véritable patrimoine historique, sont aujourd’hui menacés par le froid et l’humidité. D’où l’appel au secours du collectionneur. «J’espère trouver une structure, un lieu d’accueil pour cette collection puisque mon objectif, à chaque fois que je restaure un piano, c’est qu’il retrouve le chemin du concert, explique-t-il. Ces pianos doivent être un outil de travail pour les pianistes, pour la recherche en musicologie, pour le répertoire du XIXe adapté à ces instruments ».

Alexandre Théodoulides a fait ses premières gammes de pianiste sur un Gaveau de 1855 alors qu’il n’avait que 7 ans. «C’est sans doute une des raisons qui m’a poussé à entamer une collection de pianos de cette époque, précise-t-il. J’avais envie de retrouver cette sonorité tellement particulière. Au XIXe, chaque piano est différent, avec une sonorité bien à lui qui se rapproche des compositeurs de l’époque. C’est sur des pianos de ce type que l’on peut le mieux interpréter du Chopin par exemple. Tout s’est joué à cette époque. Au début du XIXe, on est encore dans l’héritage du clavecin avec ses cordes pincées et l’on passe au piano avec des cordes frappées qui offre à l’interprète la possibilité de varier l’intensité. Au XXe, Steinway raflera le marché avec des pianos de grande qualité mais au son identique et formaté».

 

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Un piano Eering de 1836

 

Des centaines d’heures

Avant d’être collectionneur, Alexandre Théodoulides est d’abord musicien. Pendant ses années de lycée, à Amiens (Somme), il passe tous ces jeudis de congé à Paris pour suivre des cours de piano, d’harmonie et de musique de chambre. Après le bac, il entreprendra une licence de musicologie. Une fois ses diplômes obtenus, il devient professeur de piano dans le sud de la France et compositeur de pièces à visées pédagogiques. Ce n’est qu’en 2009 qu’il commence sa collection. « J’ai trouvé un Erard de concert à Gouvieux et je l’ai acheté, raconte-t-il. Ça a été le déclic. Dès que j’en trouvais un avec un intérêt musical, je cherchais à l’acquérir. Le dernier, c’est un Carré Pleyel de 1836 acheté à Bergerac».

Le collectionneur va parcourir le pays à la recherche de perles rares à restaurer et à remettre en service. Contrairement aux pianos contemporains qui ont une structure métallique, tous ces pianos sont en bois, ce qui les rend plus fragile aux dommages du temps.

« La plupart des pianos que j’ai récupérés sont hors d’usage et nécessitaient un énorme travail de restauration, confie Alexandre Théodoulides. Il faut souvent nettoyer le meuble encrassé. Certains ont été noircis avec du noir de bitume parce que c’était la mode sous Napoléon III. Il faut alors des centaines d’heures pour retrouver la couleur de l’acajou. Parfois, le clavier est bloqué parce que les cordes sont rouillées et les plombs ont gonflé. Il faut toujours changer le jeu de marteaux. Une fois ces travaux effectués, je fais venir un accordeur pour la touche finale ».

Sur les 18 pianos restaurés, Alexandre Théodoulides a fait son top 3 : « un Erard de concert 1904, un Erard droit de 1852 et un Pleyel demi queue de 1852 ».

 

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Piano Pleyel demi-queue de 1852

 

Un patrimoine d’une valeur inestimable Une fois restaurés, ces pianos de collection ont une valeur inestimable. Ils sont les témoins d’une époque révolue où chaque instrument était fabriqué à la main par les meilleurs facteurs de l’époque.

«J’ai retrouvé dans les archives des documents sur un Pleyel droit de 1882, précise Alexandre Théodoulides. On y retrouve le coût, 1050 francs, mais aussi le nom du chef d’atelier, celui du caissier, du tableur, du dessinateur. On voit que la gravure a coûté à elle seule 50 F, soit un mois de salaire de l’époque ».

Et pourtant ces pianos sont souvent destinés à la déchetterie. « Le piano le plus cher que j’ai acquis m’a coûté 4 000 €, les autres se situaient entre 100 € et 250 €, indique le collectionneur. Ce sont des pianos familiaux qui n’ont pas servi depuis des décennies. Les gens cherchent à s’en débarrasser alors que ce sont des trésors… » Bien conscients du phénomènes, les Chinois sont à la recherche de ces instruments qu’ils importent par conteneurs entiers.

Source : LeParisien.fr

 

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