Les billets en francs français #4

Voici la suite de la nouvelle saga exclusive de PHILAPOSTEL Bretagne qui nous emmènera sur plusieurs mois à raison d’un article par semaine environ. Nous allons en effet nous intéresser aux billets français libellés en francs, nous promenant ainsi sur deux siècles de 1800 à 2002 (Merci à Christiane pour m’avoir donné l’idée de cette chronique). En espérant que ce sujet vous plaira, merci à l’avance de vos commentaires, compléments d’information etc …

Les billets « noirs » (suite)

Les « billets noirs » sont fabriqués entre 1803 et 1862 parmi lesquels il faut distinguer le 5000 francs rouge de 1846 (voir plus loin).

1842 : le 500 francs noir

Le 500f noir est uniface : seul le recto est imprimé. En 1839, les planches gravées pour les précédents billets de 1 000 et 500 francs (voir épisode 3) étant en mauvais état, la Banque envisage d’en faire graver de nouvelles d’après les dessins originaux. C’est Jacques-Jean Barre (dessinateur et graveur des premiers timbres Cérès et Napoléon), aidé par Dujardin, qui gravera ces nouvelles planches ornées de nouveaux motifs particulièrement difficiles à imiter. Globalement, on reste dans le style néoclassique mais les allégories anthropomorphes sont plus nombreuses.
500_francs_1842

La vignette du 500 F présente une forme ovale destinée à la distinguer du billet de 1 000 francs. Dans sa partie supérieure apparaît un caducée, emblème de Mercure, dans un cartouche supporté par deux génies. À droite et à gauche, deux médaillons montrent des

Jacques_Jean_Barre

Jacques-Jean Barre

têtes antiques et sont surmontés de deux amours ; dans la partie inférieure, la Loi, tenant ses tables est assise entre deux enfants. Tous ces motifs sont reliés entre eux par un ornement composé de dessins symboliques. 

Le talon à gauche mentionne en capitales imitant la calligraphie les mots « Banque de France », en partie tronqués : le bord extérieur du billet est découpé de façon non rectiligne. Cette dernière version sera reprise en bleu en 1862 et en bleu et rose en 1882 avec quelques variantes : le motif de ce recto servira en définitive jusqu’en 1943, ce qui constitue un record de longévité pour un billet français.

1842 : le 1.000 francs noir

Le 1 000 francs créé le 25 juin 1842 est émis le 18 mai 1843. Il fut conçu également par Jacques-Jean Barre, gravé par l’entreprise de gravures Dujardin, et contrairement au 500f, comporte une impression au verso à l’identique inversé.

1000_francs_1842

Selon la description officielle de l’époque, « la vignette du 1000 F représente deux hercules accroupis supportant à droite et à gauche des groupes de femmes vêtues à l’antique. La Loi et la Justice s’appuient, au bas du billet, sur une console que surmonte le coq gaulois et deux génies ailés soutiennent dans la partie supérieure un médaillon qui laisse voir l’Amour appuyé sur un lion ».

Il est intéressant de remarquer que, dès l’origine, les billets de banque français ne font en rien référence au régime politique en cours : inventées sous le Consulat, les premières coupures continuèrent de circuler sous les régimes successifs et ainsi de suite, assurant à la Banque de France son rôle d’institution pérenne et neutre. Les choix iconographiques ultérieurs tenteront toujours d’obéir à cette règle de neutralité, y compris quand les personnalités historiques mises en vedette sur les billets prendront la place des allégories.

Un faux monnayeur

En 1855, en Avignon, est arrêté François Chabrier, originaire de Condat, qui aura été l’auteur de faux billets le plus recherché de son temps : en 1850, il réussit avec une douzaine de complices à fabriquer des faux billets de 1 000 francs. Il écope des travaux forcés à perpétuité mais réussit à s’échapper lors de son transfert : il ne fut jamais retrouvé …

1846 : le 5.000 francs noir rouge

Le 5 000 francs rouge est un billet de banque en francs français créé le 28 mai 1846 par la Banque de France. Il est le billet du plus gros montant jamais émis en France et le restera jusqu’en 1950 avec la mise en circulation du 10 000 francs Génie français.

Historique

Dans la série des « billets noirs » fabriquée entre 1803 et 1862, celui-ci fait exception puisqu’il est imprimé avec une encre rouge. Il a semble-t-il rarement servi, même de billet de réserve ou dans le cadre des grosses transactions.

En 1845 pour la première fois la Banque de France a dans ses caisses la totalité des espèces métalliques, le manque de papier-monnaie se fait sentir. Le Conseil du 8 janvier 1846 décide la création d’un billet de 5 000 francs – somme considérable pour l’époque – émis à 4 000 exemplaires.

Il s’agit du billet français ayant son plus gros pesant d’or : contre cette coupure, son détenteur pouvait se voir remettre au comptoir de la banque la bagatelle de 250 napoléons ! Il a été mis en circulation le 13 août 1846 sur Paris. Une deuxième vague d’impression eut lieu en 1848, mais au millésime 1846. Il est définitivement privé de son cours légal en décembre 1897.

Description

La vignette réutilise le modèle du 1000 francs 1817 noir mais cette fois imprimée en rouge sur une seule face et présente une forme rectangulaire allongée. L’impression typographique fut assurée par l’entreprise de Firmin Didot.

5000_francs_1846

Au niveau des motifs, en partant de la droite : on trouve le talon et sa frise calligraphiée (« Cinq mille »), puis le cadre cerné par deux colonnes remplies des divinités mythologiques habituelles (Poséidon, Cérès, cupidons, etc.). Dans le cadre supérieur, se trouvent, dos à dos, deux têtes d’animaux : un cheval et un bœuf. Dans le cadre inférieur, mention est faite de la loi qui punit « le contrefacteur d’une peine de travaux forcés à perpétuité ». Au centre, entre les deux cartouches qui rappellent les textes de loi (art. 139), on trouve imprimés le montant et la date ainsi que les trois signatures de contrôles manuscrites.

Au niveau des systèmes de sécurité, la vignette comporte un timbre humide ainsi qu’un filigrane blanc reproduisant la somme en toutes lettres. Au verso, une impression à l’identique inversée.

Un billet « très spécial »

Pour se prémunir contre les vols observés lors des envois postaux, les receveurs généraux, sur prescription du ministère des Finances, coupaient les billets de 5 000 francs en deux afin de les envoyer par deux courriers séparés : il suffisait de réunir les deux parties en une seule pour que le billet retrouve sa valeur. Cette pratique se diffuse dans le public mais la Banque, qui se refuse à remettre en circulation des coupures coupées en deux, doit en assumer le coût. Cette pratique perdurera pour nombre de coupures jusqu’en 1890 et s’arrêtera avec la multiplication des succursales bancaires et l’usage du transfert de fonds par ordre télégraphique.

  • Maxime_Du_Camp

    Maxime Du Camp

    Dans son Paris, ses organes, ses fonctions, sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle, Maxime Du Camp cite l’exemple d’un homme de lettres original qui règle la dot de sa fille en billets de 5 000 francs émis la veille par la Banque de France … et rapportés au caissier le lendemain du mariage… par le gendre !

  • Possédant de nombreuses moitiés de ce billet rouge, la Banque de France affirme que, selon ses registres, tous ces billets sont rentrés sauf un qui se trouverait dans une collection particulière, ce qui fait de ce billet le plus rare des billets français.

 

A suivre …
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