La Trésorerie aux Armées #1

Notre ami Robert Fontaine (site HistoPhilaBreiz) nous propose une nouvelle étude sur la Trésorerie aux Armées, un service méconnu dans l’histoire.

Historique de la Trésorerie aux armées (extraits) (1293 – 2001)

Le service de la Trésorerie aux armées est composé d’agents appartenant exclusivement à l’administration des finances, formant un corps d’officiers, les payeurs, et un corps de sous-officiers, les commis de Trésorerie. Détachés auprès du ministère de la Défense, ils reçoivent des grades d’assimilation et sont soumis aux règles et à la discipline militaires.
tresor-et-postes-0Les propos tenus, en 1823, par M. Bigogne, payeur général de l’armée d’Espagne et ancien payeur d’Allemagne et de Russie, illustrent l’esprit qui a animé et anime, encore aujourd’hui, ceux qui ont la mission de payer les militaires hors de nos frontières : « la conservation des deniers de l’Etat et leur emploi régulier, la bonne direction du service et sa stricte exécution, telle est, en peu de mots, la définition complète de nos devoirs ; c’est à leur entier accomplissement que s’attache la responsabilité qui se partage entre nous. »

Tous les Rois – à l’exception de Louis X le Hutin, Charles IV le Bel, Philippe VI – et toutes les institutions dont s’est dotée la France ont façonné ce service dont la mission principale est d’intervenir, financièrement, dans des cas bien précis : guerre, état de siège, d’urgence, missions extérieures…

Je ne vais pas aujourd’hui retracer l’évolution subi par ce service tant dans son organisation, sa composition que ses missions mais sachez que j’ai à ma disposition l’étude complète de ce service et qui, si vous le souhaitez, peut faire l’objet d’une transmission sur demande.

Guerre franco-allemande de 1870 – 1871

Un prétexte de candidature Hohenzollern (1) au trône d’Espagne, une dépêche (2) maquillée » par Bismarck pousse la France à déclarer la guerre à la Prusse le 17 juillet 1870.

Le maréchal Lebœuf, ministre de la Guerre ayant déclaré le 15 juillet, que l’armée française ne manque « d’aucun bouton de guêtre », en écho, son homologue des finances, Emile Segris, aurait pu affirmer « qu’aucune broderie » ne manque à l’uniforme des payeurs des armées, comme le précise l ‘arrêté du 17 juillet 1870 publié au JO de l’Empire.

A nouveau, les payeurs participent aux opérations militaires qui, en dépit de fait d’armes héroïque comme à Reichshoffen (3), se traduisent par les défaites de Gravelotte, Mars-la-Tour et Saint-Privat les 16 et 18 août.

Les troupes françaises en déroute se réfugient à Sedan qui est peu à peu encerclée par l’ennemi. Conscient de la vacuité de la poursuite des combats, Napoléon III capitule le 2-11-1870.

Pour illustrer les difficultés rencontrées par les payeurs dans leurs tâches, il convient de narrer la mésaventure dont l’un d’eux fut victime lors de la charge de Reichshoffen. Dans un rapport officiel à son supérieur, il déclare avoir précipité dans la fosse d’aisance de la gare, le coffre renfermant le numéraire et les pièces comptables dont il avait la garde, afin de les soustraire à l’ennemi.

La chute de l’Empire et la proclamation, le 4 septembre de la IIIe République, ne devait pas clore cette affaire… car la guerre continue.

Correspondance en franchise postale (PP) du « payeur » de l’Armée de Bretagne de Rennes à destination du « payeur » de l’Armée de Bretagne du camp de Conlie en date du 1er décembre 1870.

tresor-et-postes-2b

A la demande de Keratry, ex-Député du Finistère, Léon Gambetta, Ministre de la Guerre, crée les Forces de Bretagne. 60 000 mobiles bretons volontaires sont entassés dans le camp de Conlie, près du Mans dans la Sarthe.
Le 22 octobre 1870 Léon Gambetta décide de mettre fin à l’indépendance de l’Armée de Bretagne, craignant la réapparition d’une armée de « chouans », et l’intègre au régime des 11 camps régionaux. L’état sanitaire devient désastreux, une partie des volontaires est rapatriée en Bretagne, contre l’avis de Gambetta, par le Capitaine de vaisseau Mariveault, remplaçant de Keratry.
Le reste
sert à la création d’une Division de 14 000 hommes sous les ordres du Général Gougeard. Le camp de Conlie est définitivement vide le 13 janvier 1871.
La Division Gougeard, errant quelques temps dans l’Ouest, sera dissoute le 1er mars 1871

En dépit de la constitution des trois armées : Loire, Nord et Est, un armistice est signé le 28 janvier 1871, prélude au traité de paix de Francfort du 10 mai 1871. Au cours de ces combats, les agents de la Trésorerie aux armées subissent les revers des troupes auxquelles ils sont rattachés.

Cependant l’affaire de  Reichshoffen suit son cours au sein du ministère des Finances. Le directeur du mouvement général des fonds saisit le payeur général de l’armée de l’enquête. Le chef de gare consulté affirme ne pas avoir été présent lorsque le payeur a jeté son sac de 5 000 francs or dans la fosse d’aisance des lieux. Ledit payeur reconnaît alors que l’affaire s’est déroulée sans témoins et que « sa fâcheuse méprise était due au trouble extrême dans lequel il se trouvait ».

En conséquence, le payeur général demande au ministre, le 8 juillet 1871, que « la vidange des lieux soit effectuée le plus tôt possible afin de retrouver le sac d’or ou établir l’inexactitude de l’assertion du payeur ». L’annotation portée, semble-t-il par un proche du ministre, indique non sans humour : « Si les Prussiens flairent l’affaire, nous en serons pour nos frais de vidange ».

Puis par lettre du 14 juillet 1871, l’autorisation est donnée pour effectuer lesdites recherches avec, cette fois, l’apostille suivante : « incident comique ». Cependant, le payeur général de l’armée, chargé de la liquidation des écritures des trésoriers de l’armée, écrit au directeur du mouvement général des fonds que la somme de 5 000 francs or a été retrouvée dans la caisse par un autre payeur des armées et que l’intéressé « avait jeté dans la fosse d’aisances, tout autre chose que ce qu’il avait désigné jusqu’à ce jour ». Le payeur général termine sa missive en « se réjouissant d’avoir à rassurer le directeur sur le sort d’une somme que le Trésor était en droit de considérer comme perdue, si je m’en étais rapporté uniquement aux déclarations des agents qui ont été victimes, dans la circonstance, des rudes émotions ressenties par eux pendant la journée du 5 août 1870 ». Ainsi se termine cette affaire, le 26 septembre 1871, soit après plus de quatorze mois d’enquêtes.

…Outre les expéditions coloniales (non relatées ci-dessus dans cet extrait), les manœuvres militaires constituent un temps fort pour les unités en garnison, au nombre desquelles se trouvent les personnels affectés au service de la Trésorerie aux armées qui participent à ces exercices.

(1) Famille allemande du XIe siècle dont la devise « de la montagne à la mer » évoque l’ascension de la royauté prussienne à l’empire.
(2) La dépêche d’Ems qui relatait le refus ferme de Guillaume Ier à une demande française a été transformée par Bismarck en terme injurieux à l’égard de la France.
(3) Courageuse charge d’une brigade de cuirassiers et de tirailleurs français qui se fit anéantir sous le feu de quarante huit canons et d’une infanterie adverse bien entraînée. Cette défaite entraîne la perte de l’Alsace

Sources :
– La revue du Trésor ( les mensuels n° 5 de mai 2003 et n°6 de juin 2003) avec l’aimable autorisation du Service Gestion & Finances publiques pour la diffusion dans notre bulletin. Auteur du document d’origine Henri LEGRAND.
Partie philatélique et historique des unités: Robert Fontaine

Suite demain …

Advertisements

Laisser votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s