Les insolites de la collection #53

Vingt ans déjà que le Nibellois empile les tronçonneuses sur ses étagères, jusqu’à avoir édifié un vrai petit musée autour de la « grande coupeuse ».

Un rapide coup d’œil sur sa bucolique propriété de Nibelle suffit pour le dire : non, la cheminée (un insert pour dire vrai) de Christian Da Silva ne risque pas d’être à court de bois cet hiver. En son jardin que vient lécher la forêt d’Orléans, le tas de bois est roi. Il est partout. La tentation de débiter du stère à foison semble trop grande pour le quinquagénaire possédant une impressionnante collection de tronçonneuses. « J’en ai une centaine, dont une bonne trentaine de collection », comptabilise l’ancien menuisier, aujourd’hui employé au service voirie de la ville de Pithiviers. Et dont l’étonnante passion pour la coupeuse de bois ne date pas d’hier.

tronconneuse

« Ça peut être vicelard ! »

Tout commence dans les années 60. Christian Da Silva vit déjà dans le joli village de Nibelle, il a 15 ans. « Mon père était bûcheron, j’allais faire du bois avec lui en forêt le week-end, c’est à ce moment-là que j’ai mis le pied dans l’engrenage. Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai toujours aimé le bruit du moteur deux-temps de la tronçonneuse ».

La semaine dernière, alors qu’il actionne une antique machine des années 50 (une Dolmar type CP), on a pourtant tout loisir de constater qu’on est loin du chant mélodieux des oiseaux. Amour bruyant auquel aura fini par s’habituer son épouse Nicole, qui devait assister à la naissance de la collection, il y a 20 ans de cela. « Depuis, je récupère des modèles qui rentrent en collection ».

« Collection » signifiant d’avant 1978, quand les engins pourfendeurs de rondins n’avaient pas encore de freins de chaînes, ni de « silent blocs » (pièces de caoutchouc atténuant les vibrations). Bref, quand la sécurité du bûcheron et son confort de travail n’étaient pas encore d’actualité.

Mais Christian Da Silva est aussi en quête de modèles encore plus anciens, construits avant les années 60. Autant dire que si vous avez une vieille tronçonneuse mangeuse de place dans le garage, même une épave, il se fera un plaisir de vous en débarrasser. Car ce que l’homme de 55 ans aime par-dessus tout, c’est leur redonner vie, les bricoler, les rafistoler. « C’est que ça peut être vicelards ces engins-là, parfois, ça va bien demander une semaine avant de trouver la panne », explique-t-il au milieu de son atelier au parfum chaud d’huile et de copeaux, ses 100 machines reposant sur les étagères. Celles de son petit musée de raretés, quand bien même seraient-ils quatre dans le Loiret à empiler les tronçonneuses.

À l’intérieur donc, son bonheur constitué de pièces quasi-introuvables désormais. Citons notamment la deux-hommes (car il faut être deux pour s’en servir) PKK fabriquée à Courbevoie en 1947. Un monstre de 2,10 mètres pour 225 cm ³ et 40 kilos. Mais il y a aussi la Stihl type contrat sortie d’une usine allemande en 1959. Il aime aussi cette Américaine, une Remington (comme la carabine) de 1965. Autant de machines qui attisent la curiosité du badaud quand les sort (lire ci-dessous) celui qui adhère à l’association Les Vieux pistons du Gâtinais, spécialisée dans la voiture de collection, l’antique tracteur… Une tronçonneuse ne roule pourtant pas ? Oui mais « dès qu’il y a des pistons dans l’objet de sa collection, on est en droit d’intégrer le club ».

Les tronçonneuses ne roulent pas ?

Et d’expliquer aussi « qu’une tronçonneuse en état de marche peut doubler de prix ». Des prix qui ne s’envoleront cependant jamais très haut ( il estime sa deux-hommes PKK à 500 €), quand il parvient à ressusciter la formidable mécanique d’une machine.

S’il ne le fait pas pour l’argent, on l’aura compris, peut-être est-ce pour le bonheur simple de se retrouver dans son bout de bois à lui, juste derrière sa maison. Avec une tronçonneuse entre les mains, et un arbre au bois mort en face. « Ce ne sont pas juste des objets de collection, elles doivent pouvoir servir », aime-t-il répéter, au bord de l’immense forêt d’Orléans, cette tentatrice. Heureusement, le Nibellois peut étancher sa soif de coupe non loin de chez lui, en ce bois privé, devenu son terrain de jeu, l’origine de son chauffage domestique. Là où chantent ses tronçonneuses…

Article de La République du Centre – Photo David Creff

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