Les insolites de la collection #27

Disparus des cafés et des salons de jeux, les flippers revivent au musée. Ou plus précisément leurs vitrines. Une collection riche de 125 pièces allant de 1953 à 1994 a rejoint cet automne le Mudac, à Lausanne. En 2006, l’institution consacrait une première exposition à 50 de ces enjoliveurs de «billards électriques». Ils étaient prêtés, dans la plus grande discrétion, par Pierre Gonset. Quelques années plus tard, l’homme d’affaires vaudois a souhaité mettre ce patrimoine à disposition du musée du design, par le biais d’un prêt longue durée.

Septuagénaire BCBG, Pierre Gonset n’a rien du nostalgique de l’Amérique des années 1950. Il nous reçoit en veston et jeans dans sa villa cossue des environs de Lausanne aux murs ornés de tableaux. Rien dans son salon ne trahit la collection initiée il y a un quart de siècle par pur hasard: «Je voulais louer un jukebox pour une soirée dansante chez moi, l’entreprise que j’ai contactée avait aussi des flippers. On a parlé des vitrines et j’ai commencé à en collectionner. Je ne m’intéresse pas au jeu, mais à la dimension artistique. Je considère ces vitrines comme du pop art. Elles sont le témoin d’une époque

flipper1 flipper2Un  avis partagé par Suzanne Hilpert-Stuber, l’une des conservatrices du Mudac: «Lorsque M. Gonset nous a demandé si nous étions intéressés à reprendre sa collection, nous avons tout de suite accepté. Ce sont des objets de la culture populaire, comme les papiers d’agrumes, dont nous avons aussi fait une exposition. C’est pour nous une manière d’interroger des supports que chacun connaît.» Le musée du design projette de valoriser de plusieurs manières ces mastodontes de 8 kilos chacun. «Nous allons imprimer des cartes postales, nous pouvons en exposer dans un nouvel espace dédié aux acquisitions récentes, et nous sommes en contact avec d’autres musées intéressés à les montrer

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Des gangsters aux JO
Depuis la fin des années 1930, ces «écrans d’accueil» d’antan ont abordé des centaines de sujets : des femmes plantureuses, bien sûr, pour orner ces jeux très liés à la culture masculine, mais pas seulement. De nombreux superhéros, des groupes comme Kiss, des séries télévisées comme L’incroyable Hulk ou Drôles de dames, des héros de BD, des scènes de cow-boys et d’Indiens ont fleuri sur ces supports, qui imposaient aux dessinateurs des contraintes liées à la technique de la sérigraphie et au format carré.

Des faits marquants tels que l’assassinat du gangster John Dillinger, le premier vol du Concorde ou la conquête spatiale se retrouvent aussi sur ces plaques géantes. Y figurent même les Jeux olympiques de Moscou de 1980, pourtant boycottés par les Etats-Unis. «Mais le flipper était déjà produit et distribué», raconte Pierre Gonset. La plupart des dessins n’ont pas été signés par les artistes œuvrant pour les trois principaux fabricants Williams, Gottlieb et Bally, mais les connaisseurs savent repérer la patte de quelques pointures telles que Roy Parker, Gordon Morison ou Paul Faris. Ce dernier a notamment signé une composition représentant Hugh Hefner, créateur de Playboy.

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Chaque vitre était tirée de 300 à 20’000 exemplaires. Pour les éditions rares et paraphées, les prix grimpent jusqu’à plusieurs milliers de francs. Les dénicher relève aujourd’hui d’une quête obstinée. D’ailleurs, Pierre Gonset n’en recherche plus activement comme avant: «C’est devenu hors de prix, et les exploitants veulent vendre uniquement les flippers entiers.»

Source : 24 heures

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