Il a sorti le champagne de sa bulle

Son nom est bien moins prestigieux et connu que ceux de Dom Pérignon, Pierre Taittinger, Nicolas Ruinart ou Claude Moët. Dans le monde du champagne, Eugène Mercier est pourtant un sacré personnage. Pour faire connaître sa toute jeune marque de vin, au tournant du XXe siècle, cet entrepreneur fut le premier à user (et parfois abuser) de la publicité et du marketing.

    

Enfant de père inconnu et d’une mère lavandière, Eugène Mercier n’est pas bien né. Pauvre, il économise tout de même pendant toute son adolescence à Epernay avec une seule idée en tête : fonder sa propre maison de champagne. En 1858, il n’a que 20 ans quand il réalise son rêve. Pas question pour autant de faire comme les grandes marques de l’époque, dont les flacons sont réservés à une élite. Il associe à son projet des dizaines de petits producteurs, qu’il fédère dans une Union des propriétaires, pour commercialiser un champagne qu’il veut mettre à la portée de tous.

Pour stocker ses bouteilles mais aussi pour faire baisser les prix de son vin et en vendre beaucoup, il applique la recette de la grande distribution d’aujourd’hui. Mercier se lance donc en 1871 dans un chantier pharaonique : le creusement de caves gigantesques totalisant 18 km de longueur dans des galeries à 30 m sous terre. Construites sur un seul niveau, elles se visitent en calèche sous les yeux ébahis des amateurs de champagne mais sont aussi et surtout reliées à la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg pour faciliter les expéditions.

Un tonneau capable de contenir l’équivalent de 200 000 bouteilles

Car c’est à Paris que l’on vend du champagne, pas à Epernay. Pour faire connaître sa marque dans la capitale, Eugène veut en mettre plein les yeux. Il fait construire en Hongrie un immense tonneau en bois de chêne capable de contenir l’équivalent de 200 000 bouteilles. Ce foudre, aujourd’hui exposé dans l’entrée de la maison Mercier à Epernay, fait le voyage sur un chariot tiré par 24 boeufs depuis la Champagne jusqu’à Paris pour l’Exposition universelle de 1889. Mission réussie : le Tout-Paris ne parle que de Mercier et de ce tonneau délirant qui obtient le deuxième prix de l’événement… derrière la tour Eiffel. « Il était plein de bon sens, estime Emmanuel Mercier, ambassadeur de la marque qui porte son nom et arrière-petit-fils d’Eugène. Il appliquait des idées simples, trouvait des solutions et avançait tranquillement sur le chemin qu’il s’était fixé : faire connaître son champagne au plus grand nombre de consommateurs. »

Mercier1
Du marketing à la publicité, il n’y a qu’un pas. Eugène Mercier le franchit en 1900, quatre ans avant sa mort, en profitant une nouvelle fois de la vitrine de l’Exposition universelle. Il crée l’événement avec une montgolfière estampillée Mercier dans laquelle il emmène les visiteurs boire une coupe à 300 m d’altitude.

Mercier2Il filme et réalise lui-même, avec l’aide des frères Lumière, le tout premier spot publicitaire de l’histoire du cinéma dans lequel il explique la fabrication du champagne. « Aujourd’hui, il apprendrait à ses arrière-arrière-petits-enfants et descendants à utiliser les smartphones, les ordinateurs etc, poursuit Emmanuel Mercier. Et je suis persuadé qu’il aurait été l’un des tout premier à communiquer par Internet, les réseaux sociaux et aurait acheté le premier billet pour aller sur la Lune ! »

La saga publicitaire des champagnes Mercier ne s’est pas arrêtée à la mort du fondateur. En 1930, perpétuant la tradition familiale, une camionnette à l’effigie de la marque fut le premier véhicule publicitaire à précéder, en 1930, les coureurs du Tour de France.

Source : LeParisien.fr

Hier,des internautes d’Australie, Belgique, Danemark, Etats-Unis, Italie, Nouvelle-Zelande, Royaume Uni, et Russie ont visité le site de PHILAPOSTEL Bretagne : bienvenue à eux !

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2 réflexions au sujet de « Il a sorti le champagne de sa bulle »

  1. pour information, mon papa a fait du vélo, (encore aujourd’hui), et son sponsor était justement mercier, j’ai même dans mes archives son contrat, il avait un vélo mercier également par an et le montant des primes selon son classement. Et, c’est en lisant cet article que je viens de comprendre. Aujourd’hui, avec la loi Evin, les coureurs n’ont pas le droit. Merci sylvain pour cette histoire.

    • Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de la même famille. En effet, si notre Eugène Mercier (1838-1904) a su utiliser le Tour de France pour faire la promotion de son champagne, c’est Émile Mercier (1899-1973) qui fonda la marque des cycles Mercier à Saint-Étienne, et c’est cette marque qui se dota d’une équipe cycliste professionnelle en 1933, équipe qui connaitra son apogée dans les années 60, grâce à Raymond Poulidor.

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